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Cinq ans de BDSM



A l'approche de nos 5 ans je me décide avec un peu d'avance à passer derrière le clavier pour écrire un article qui sera finalement publié une fois la date de notre anniversaire passée (pour ne pas influencer ce qu'Il avait prévu pour cette occasion). Un anniversaire particulier, celui de nos premiers pas dans le BDSM. Cinq années. Je peine à réaliser qu’elles sont déjà là tant le temps est passé (trop) vite.

L'idée de Lui offrir un cadeau particulier me travaille depuis quelques mois. Un objet symbolique, qu'il affectionne tout particulièrement, un nouveau fouet  peut-être ? La gravure de notre lien sur un bijou qu'il porterait ? Un objet à sceller dans notre futur donjon ? Oui, ce pourrait être une de ces choses là mais, je n'ai rien commandé de tout ça.

Notre relation Maître/esclave a été compliquée ces derniers temps. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ça n’est pas parce que le temps passe que cela devient plus facile. Comment ne pas être à fond dans la relation lorsqu'on est encore au stade de la découverte, où chacun se positionne, trouve sa place, redécouvre, comme ce fut notre cas, l'être aimé sous un nouveau jour alors que l'on se connaît depuis tant d'années ? Comment ne pas retrouver la flamme quand les discussions le soir s'animent autour de fantasmes jusqu’alors bien gardés ? Quand on découvre de nouvelles sensations et une addictive intensité ? Comment ne pas céder à ces nouveaux délices quand on ressent avec puissance l'évidence de notre place ?

Un lien puissant qu'il faut faire perdurer dans le temps. C'est bien là la difficulté. Réussir à se renouveler, faire en sorte qu'une fois ces étapes passées la routine ne s'installe pas au risque de faire retomber la passion retrouvée. Avoir encore et toujours l'envie de veiller au respect des règles que l'on tenait pour acquises afin qu'elles gardent leur sens et ne s'éliment pas. Entretenir cette petite flamme qui a permis au couple de se retrouver, qui a permis d'atteindre une confiance jamais égalée, qui a permis de se sentir heureux en laissant un temps de côté tous les soucis qui nous accaparaient. Ne pas s'éloigner en laissant le quotidien et les aléas de la vie (santé, travail,...) nous bouffer.

Maître aimait particulièrement cette citation:

« On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une. »

Ce fameux "déclic" que Maître a eu lors de notre première soirée, celui qui a été le moteur pour porter notre projet de changement de vie nous permettant de passer davantage de temps ensemble (sur lequel nous travaillons toujours, depuis si longtemps que l'attente devient difficile à supporter et qui est sans doute également responsable de nos difficultés).

Cette citation me parle, tant elle sonnait vraie. Oui, un jour nous avons compris qu'il était plus que temps de vivre et de profiter, que les priorités n'étaient pas forcément celles auxquelles il s'était toujours attaché. Nous avions presque envie de clamer haut et fort que notre vie était désormais ailleurs. Pourtant, au fil du temps, une certaine routine nous a rattrapée. Ce temps que l'on avait retrouvé pour s'accorder des moments ensemble s'efface au profit d'horaires professionnels semblant incompressibles. Comment se fait-il que le professionnel empiète à nouveau tant sur notre vie ? Plus encore qu'avant. Alors bien entendu, je suis consciente que le job est là et je sais que Maître ne chôme pas (une de ses plus grandes qualités et un de ses plus gros défauts). Il a en charge depuis près d'une année de nouvelles responsabilités qui ne font qu'allonger ses absences. 
Pour autant je ne comprends pas pourquoi avant il était essentiel de nous retrouver, de trouver malgré tout du temps pour nous dans cette vie chargée alors qu'aujourd'hui nous subissons ces horaires qui nous empêchent de nous retrouver. De mon côté, je le vis, comme un véritable retour en arrière.

Alors les doutes s'installent parce que moi non plus je ne ressens plus si fortement ma place. Ma petite flamme s’est mise en sommeil parce que le feu n'était plus suffisamment attisé. J'ai l'impression de faire certaines choses par habitude sans ressentir ce lien si fort qui nous unissait. Je ne sens plus que je n'ai pas le choix. Pas avoir assez de remises en place qui me montreraient encore l'importance que ça a pour Lui. Je renoue avec des émotions destructrices : je me sens délaissée, trop souvent invisible. Je ne me sens plus l'objet de toutes ses attentions. Je ne sens plus son envie de découvrir avec moi. Où sont les scénarios auxquels il aimait tant réfléchir ?  Je n'attise plus suffisamment son désir. J'ai l'impression d'être redevenue simple femme. Ma confiance en moi se dissipe tout comme celle que je lui avais à nouveau accordée.

Je n'ai jamais voulu me projeter dans cette relation, imaginer la manière dont nous évoluerions, ce que nous deviendrons hormis lorsque nous avons entamé notre projet. Cette autre vie à laquelle j'ai tant rêvé.

J'aurais aimé ne jamais avoir cette impression que le BDSM qui nous a tant rapproché et permis de retrouver le bonheur était en train de s’essouffler. 

J'aurais rêvé de vivre ce cinquième anniversaire en présence d'amis ou de membres de notre communauté, à genoux à Ses pieds. Petite devant lui. J'aurais regardé ses chaussures en lui présentant un nouveau fouet, les bras tendus devant moi. Ou encore, à genoux sur un coussin, les mains tremblantes et la voix vacillante j'aurais lu une lettre écrite pour renouveler mes vœux d'appartenance. Alors peut-être m'aurait-il offert un nouveau collier, un collier unique qu'il aurait fait faire juste pour moi, pour marquer cette étape dans notre vie.

Si, finalement, j'ai décidé de ne rien acheter pour ce jour particulier (et croyez moi ça n’est pas facile, j'y pense chaque jour) c'est parce je ne souhaite pas que nous nous sentions "dans l'obligation" d'offrir quelque chose parce qu'il s'agit d'un anniversaire. Je veux que notre relation sonne vraie, qu’elle soit en accord avec ce que nous vivons, avec les hauts et les bas que nous traversons. Offrir un collier/un fouet alors que nous venons de traverser une période un peu vide n'aurait sans doute pas eu la même valeur. Ce jour viendra quand nous serons prêts, avec ou sans anniversaire. 

On vit cette relation pleinement ou on ne la vit pas. Nous avons choisi de la vivre ensemble en surmontant les difficultés là où nous aurions pu baisser les bras.

A l'heure où j'écris cet article nous avons fait le choix de pleinement nous réinvestir dans nos places respectives et plus qu'un cadeau c’est ce qui donnera véritablement un sens à notre anniversaire.

_____________________

Notre anniversaire est désormais passé, c'était hier. Depuis le début de la semaine, Maître a souhaité que nous retrouvions nos places. Je me comporte donc en le vouvoyant en permanence (la maison n'étant qu'à nous pour les vacances) et en le servant comme il se doit.

Durant cette journée, Maître m'a remis une lettre, si belle, pleine de sens alors que de mon côté je lui lisais la mienne exposant nos difficultés. Il m'a écouté, agenouillée à Ses pieds si émue que les larmes ont fini par couler. Il m'a entendu et ensemble nous avons pris un nouvel engagement l'un envers l'autre. Nous nous sommes retrouvés au cours d'une séance où j'avais tant besoin de me sentir à Lui. Je sais qu'il me faudra un peu de temps pour retrouver pleinement les ressentis qui me sont si chers.
Pour le moment je crois que nous avons tous deux besoin de nous retrouver, de ressentir nos places, d'être N/nous, de vivre hors du quotidien, hors du temps alors ce week-end nous nous offrirons un moment d'évasion lors d'une soirée.
Pleine d'attentes et d'espoir. 


Commentaires

  1. Bonsoir Anaëlle ,

    Impossible d'arriver à trouver le sommeil , donc je suis venu faire un petit tour sur votre blog .

    Vous dites , qu'il faut entretenir la " flamme " , c'est amusant , car c'est exactement ce que j'ai dit à ma Déesse très récemment , nous parlions de notre avenir " ensemble " !

    J'aime beaucoup également cette citation .

    Car lorsque je me suis enfin décider de vivre pour moi , pour ce que j'aime et pour ce que je suis , c'est à ce moment là que j'ai rencontré ma Déesse . Et c'est à 44ans que je suis né une seconde fois , je suis tous d'abord tombé sur votre blog , puis sur les autres et enfin sur ma Déesse .
    Cette deuxième vie sera beaucoup plus courte que la première , mais elle sera également beaucoup plus riche en émotion et beaucoup plus intense . Et je la vivrais pour moi , pour nous , pour ma Déesse et non plus pour les autres .

    Je veux être ce que je suis et plus être ce que l'on veut que je sois !

    Tout cela pour vous dire que cette citation raisonne bien en moi .

    Ma soeur m'a dit un jour , " on n'a pas besoin de raison pour faire plaisir à 'l'autre , on n'a pas besoin de fêtes non plus " , cela rejoint un peu ce que vous penser me semble t'il !?

    Je pense que pour votre Maître le plus beau cadeau , c'est d'être vous , simplement vous .
    Avec vos faiblesses , vos rires , vos larmes , vos sourires , c'est beaucoup mieux , que tous l'or du monde !

    Je vous souhaite une agréable nuit , vous devez être dans les bras de Morphée à l'heure qu'il est .

    Bonne nuit ,


    Pierre ,

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    Réponses
    1. Bonsoir Pierre,

      Je crois que nous avons ce point d'avoir trop souvent pensé aux autres. Vivre la vie qu'ils imaginaient pour nous plutôt que de vivre pleinement celle que l'on souhaitait. Pas toujours facile de se défaire d'une image que l'on porte ou d'agir sans se soucier du qu'en dira t on.

      Maître a lu également votre commentaire et vous a parfaitement donné raison sur le plus beau cadeau. Oui, c’est vrai, les plus beaux cadeaux ne sont pas matériels et l'amour reste le plus beau d'entre eux.

      Je vous rejoins sur le fait qu'il ne faut pas forcément une occasion pour faire plaisir à l'autre cependant je suis, malgré tout, très attachée à toutes les dates où il y a quelque chose à fêter. Si bien qu'au fil des années, les occasions se multiplient (anniversaire de rencontre, de mariage, de bdsm, et fêtes en tout genre).

      Je vous souhaite une belle soirée,

      Anaëlle

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